Nos vies heureuses

la critique

 

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La critique de Télérama (n°2603)

Première partie

Seconde partie

 

 

2

La critique de sitartmag

 

C'est sur un air mélancolique que s'ouvre la toute première séquence : Julie, assise sur un lit, est sur le point de quitte l'hôpital après avoir tenté de se suicider. Ses deux amies Emilie (plutôt bourgeoise et un peu coincée) et Cécile (l'antithèse de la précédente) viennent la chercher. Elles s'installent toutes trois dans un vieil appartement parisien, et lors du déménagement, Julie fait la connaissance d'Ali, étudiant marocain qui travaille au noir dans un restaurant. Lucas, le cuisinier du lieu, vit avec Sylvie, mais sa jalousie le rend violent et se sentant seul, il se lie d'amitié avec un client, François, galeriste homosexuel (mais ça, Lucas ne le sait pas encore). Ali (qui entre temps est tombé amoureux de Julie), dont on vient de supprimer la bourse d'études, se retrouve clandestin et est recueilli par Jean-Paul, militant chrétien et bénévole au Secours Catholique.

 

La pléthore de personnages peut donner le tournis, mais on ne perd pourtant jamais pied dans ce dédale de personnalités; en effet, peu de scènes de groupes dans ce long-métrage, mais de nombreux tête-à-tête permettant de découvrir chacun d'entre eux de façon approfondie, nous les révélant parfois dans ce qu'ils ont de plus intime et dans leurs relations aux autres. L'approche est très réaliste et ces destins entrecroisés, ces tranches de vie (et on ressent ici le fait que le réalisateur se soit d'abord essayé au court-métrage) sont d'une vitalité étonnante. Chaque personnage est attachant tant il/elle nous ressemble. Jacques Maillot nous les rend ainsi très proches de par sa technique filmique : caméra sur le même plan que les acteurs, les suivant dans tous leurs mouvements. Comme le souligne le cinéaste : "Je déteste la position de l'auteur qui surplombe et qui regarde les choses un peu comme on regarde des insectes dans un aquarium. Moi, je suis au même niveau que mes personnages". Cette approche fait qu'une authentique chaleur humaine se dégage du tout, et la bienveillance et l'affection que le réalisateur peut ressentir est transparente, malgré leurs défauts, leurs faiblesses (même Jean-Paul, le catholique au côté boy-scout un peu irritant, a ses limites et ne supporte plus sa solitude sentimentale).

 

Ne nous méprenons pas, ce film n'a rien d'une comédie et on est loin du genre "bande de copains qui s'amusent et dînent ensemble" ; la violence (morale ou physique) peut sourdre dans certaines scènes à la limite du documentaire, comme lorsque Cécile, la photographe, se fait passer à tabac, ou que le désespoir de Julie est à son comble, à l'idée qu'elle a pu trahir Ali. On a véritablement le sentiment d'observer des humains de chair et de sang, et non des personnages fictifs ou monolithiques. On ne bascule qu'à de rares occasions dans le cliché ou l'archétype (peut-être par moments dans le cas d'Ali, le clandestin) et jamais dans la facilité.

 

Il est vrai que les thèmes abordés n'ont rien d'original parce que très actuels (les sans-papiers, l'avortement, l'homosexualité, le chômage, le racisme, la religion ...) mais ne sont jamais amenés avec lourdeur, toujours subtilement, sans moralisme appuyé. Néanmoins, ce qui semble intéresser Jacques Maillot avant toute autre chose, c'est le regard que ses personnages portent sur leur monde, le nôtre, et comment ils arrivent (ou pas) à s'en sortir. On regrette néanmoins que certains aient été abandonnés en route (Lucas, ou Sylvie, la gérante du restaurant, ou encore François, excellent Olivier Py). Mais Cécile fait le lien, le fil conducteur étant ses photos : elle prend tout ce qui vit autour d'elle, se servant de l'appareil pour entrer en contact avec les autres. Son exposition ferme la boucle (presque à la fin du film), rassemblant tous les protagonistes, enfin révélés par l'objectif (superbes photos de Céline Larmet).

Du cinéma "vrai", qui émeut et interroge. A voir sans faute, sans tenir compte des critiques négatives qui ont accueilli le film lors du dernier festival de Cannes !

 

B.L.

 

Sources internet : Sitartmag - Région Centre

  

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1998 - Nos vies heureuses - Réalisation Jacques Maillot - Avec Marie Payen, Sami Bouajila, Cécile Richard, Jean-Michel Portal, Camille Japy, Eric Bonicatto, Sarah Grappin, Olivier Py, Alain Beigel, Fanny Cottençon, Agnès Obadia, Marc Chapiteau, Jalil Lespert.
* Fiche technique et photos
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* Les photos d'Alain BEIGEL :
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